Les lieux de la connaissance » : L’observatoire du pic du Midi sauvé in extremis

Publié le par angeline351

Les lieux de la connaissance » : L’observatoire du pic du Midi sauvé in extremis

Le plus ancien observatoire astronomique de haute montagne au monde devait fermer en 1995. Son ouverture au tourisme l’a sauvé.

Construit à 2.877 mètres d'altitude dans les Hautes-Pyrénées, le pic du Midi est le plus ancien observatoire astronomique de haute montagne au monde. Il est inauguré en 1882 par le général de Nansouty après une construction homérique, l'accès étant très difficile jusqu'à l'arrivée d'un téléphérique en 1952. L'observation du ciel y étant excellente, Benjamin Baillaud, directeur de l'observatoire de Toulouse, y fait construire une coupole de 8 mètres de diamètre, en service dès 1908.

Un nouveau pas est franchi quand Bernard Lyot invente le coronographe en 1930 pour observer le disque solaire. Ses études sur l'éjection de gaz et le vent solaire qui provoquent des orages magnétiques rendent le pic du Midi célèbre. Aujourd'hui encore, l'observatoire fait partie du réseau mondial de suivi du Soleil. Sa renommée est telle que la Nasa finance le télescope de 1,06 mètre de diamètre pour réaliser un atlas de la Lune en 1963, destiné aux missions Apollo. L'installation du télescope Bernard-Lyot de 2 mètres de diamètre en 1980, le plus grand de France, fait entrer le pic du Midi dans l'ère moderne. Mais c'est trop tard. L'observatoire Canada-France-Hawaï a ouvert un télescope de 3,60 mètres en 1979 et l'Observatoire européen austral voit le jour au Chili. Le ministre de la Recherche, François Fillon, annonce la fermeture des observatoires nationaux en 1995.

Financé par le tourisme

Le pic du Midi est sauvé par les collectivités. La région Midi-Pyrénées, le département des Hautes-Pyrénées et huit communes constituent, en 1996, le Syndicat mixte pour la valorisation touristique du pic du Midi, qui prend en charge les infrastructures. Les élus ouvrent le pic au tourisme pour financer la plate-forme. Le syndicat obtient une ­concession de trente ans et investit 39 millions d'euros dans la rénovation des installations scientifiques, le renouvellement des téléphériques et la création d'infrastructures touristiques. Un musée, un restaurant panoramique et une grande terrasse d'observation ouvrent en juin 2000, puis 15 chambres des scientifiques sont aménagées pour les visiteurs en 2006. Leur arrivée a été mal vécue par les astronomes. « On a craint de perdre les conditions optimales pour faire de l'astronomie à cause des nuisances sonores et lumineuses », se rappelle Eric Josselin, directeur adjoint de l'Observatoire Midi-Pyrénées.

Favoriser l'astronomie

Avec le temps, les relations se sont apaisées. Le syndicat a créé avec EDF une Réserve internationale de ciel étoilé en 2013, demandant à 251 communes de baisser l'éclairage pour favoriser l'astronomie. « Avec la réserve, nous avons montré aux scientifiques que l'on n'était pas là pour les ennuyer ! », raconte Daniel Soucaze, directeur du syndicat.

 

Le pic a accueilli 120.000 visiteurs l'an dernier. La régie exploitante a réalisé un excédent de 700.000 euros en 2016 sur un budget de 6,8 millions, avec 50 salariés. Le syndicat investit 5 millions d'euros pour construire un planétarium, ouvert depuis octobre, moderniser le musée, aménager une coupole d'observation et agrandir le restaurant d'ici à l'été 2018.

L'activité scientifique se poursuit à l'observatoire, où travaillent en permanence six astronomes et techniciens. L'installation en 2007 du spectropolarimètre Narval sur le télescope Bernard-Lyot permet d'étudier le champ magnétique des étoiles. L'observatoire a même découvert une étoile jumelle du Soleil l'an dernier. Un nouvel instrument, « néo-Narval », sera installé en 2019 pour étudier le magnétisme et la vitesse des étoiles afin de détecter des exoplanètes. Et un spectropolarimètre infrarouge, de 4 millions d'euros, financé par le contrat de plan Etat-région, doit être ­construit en 2020 pour étudier les étoiles en formation. « L'observatoire est resté à la pointe de la recherche et n'est pas menacé pour les quinze ans à venir », se félicite Eric Josselin.

 


 

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