Le géant de la mode Vivarte voit le bout du tunnel

Publié le par angeline351

Le géant de la mode Vivarte voit le bout du tunnel

Lourdement endetté, le géant français de la mode a connu une semaine décisive dans sa restructuration avec un accord financier et la vente de Kookaï.

Patrick Puy, cinquième patron du groupe Vivarte en cinq ans, avait mis le marché sur la table depuis des semaines. A Bercy, la nouvelle équipe n'a pris que quelques jours pour lui donner le feu vert… Lundi, le propriétaire des enseignes La Halle, Caroll, Minelli, André, San Marina a finalement obtenu l'accord qui doit boucler le volet financier de sa restructuration. Les efforts seront partagés. Les débiteurs vont tirer un trait sur les 800 millions d'euros qu'ils étaient en droit d'exiger. La dette totale du groupe qui s'est envolée au-delà des 3 milliards d'euros sera ainsi ramenée à 572 millions. "Un niveau viable", selon Patrick Puy. En échange, il s'est engagé à supprimer 581 postes, soit 120 de moins que prévu. "Près de la moitié d'entre eux sont d'ores et déjà assurés de retrouver un emploi auprès des repreneurs de magasins vendus", assure le patron du groupe, qui promet de conserver les 13.000 salariés restants.

Une accumulation de faux pas

Après la faillite de l'enseigne Mim et le sauvetage de Tati, le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, se devait de mettre un terme à la descente aux enfers de l'ancien groupe André. En dépit d'une dette colossale, il a enfin renoué l'an passé avec les bénéfices. Il devrait même terminer l'année avec 75 millions d'euros de profits. "C'est réaliste, pas optimiste. On n'a pas le droit de l'être quand on licencie et que l'on demande des efforts considérables à ses salariés", estime le PDG, spécialiste de la restructuration, arrivé chez Vivarte à l'automne 2016. Le dialogue social a été compliqué à établir dans un groupe au paysage syndical éclaté autour de centaines de points de vente qui ne comptent en moyenne que quatre salariés… La stratégie établie par Patrick Puy souffre peu la contestation. Vivarte a cumulé les faux pas : trop de marques souvent en concurrence les unes avec les autres, plus de magasins qu'il n'en fallait, souvent au mauvais emplacement. Aucun des managers qui se sont succédé ces dernières années n'a tenu assez longtemps pour imposer leur vision à une multitude de débiteurs devenus actionnaires, encore au nombre de 172 en janvier. "Pas un de ces patrons n'a osé déboulonner la statue du commandeur", analyse un proche du dossier. En clair, personne n'a voulu détricoter "l'œuvre" de Georges Plassat, le charismatique entrepreneur aujourd'hui patron de Carrefour qui a façonné le groupe pendant douze ans, pour en faire un géant aux pieds d'argile.

La nouvelle feuille de route de Patrick Puy prévoit de repositionner les enseignes autour de deux grands pôles, les enseignes de périphérie et celles de centre-ville. Premier grand chantier : la fusion de La Halle aux vêtements et de La Halle aux chaussures pour des magasins mixtes. Elle est déjà en phase de test pour 20 des 1.000 points de vente et sera étendue à 54 avant la fin de l'année.

Vivarte s'est aussi engagé dans un vaste plan de délestage qui s'est traduit cette semaine par une nouvelle cession. Kookaï a été vendue au groupe australien Magi, qui en détenait déjà la licence pour le Pacifique. En début d'année, la marque de chaussures Pataugas a été la première à quitter le portefeuille Vivarte. Les magasins de l'enseigne espagnole Merkal seraient les plus proches de la sortie, d'ici à la fin de l'été. Le distributeur espagnol de chaussures était le dernier témoin de l'époque où le groupe André s'était lancé à l'assaut de l'international. Sans grand succès.

La recherche d'un nouveau patron

Les banques continuent de s'affairer autour de plusieurs dossiers dont André, Naf Naf, Chevignon… Vivarte recevrait des signes d'intérêt des quatre coins du monde de la part de groupes souvent familiaux, désireux de s'offrir une marque française. Laisser filer André, longtemps au cœur de l'ADN du groupe, est inéluctable. "Dans la chaussure, André était trop proche de l'offre de l'enseigne San Marina et en concurrence avec Minelli", regrette Patrick Puy, qui espère pouvoir tirer une centaine de millions d'euros de l'ancien fleuron français, et autant de la marque au petit cochon rose, Naf Naf. Le manager de transition martèle depuis plusieurs mois déjà que toute la restructuration de Vivarte sera réglée à la fin de l'année. Mais sa mission ne sera terminée que quand il aura trouvé un patron pour prendre sa suite. Et pour rester.

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