L'art du contre-pouvoir

Publié le par angeline351

L'art du contre-pouvoir

Alors que le gouvernement met en place sa politique, l'opposition doit s'organiser à

l'Assemblée nationale mais aussi dans la rue.

On ne prête qu’aux riches

Les choses se précipitent. Comme on pouvait le craindre, les ordonnances annoncées dès la campagne présidentielle pour laisser au gouvernement les pleins pouvoirs en matière de législation sur le droit du travail ont été votées par 270 voix contre 50. C’était le 13 juillet en soirée, la veille d’un jour férié où beaucoup de journalistes étaient tournés vers les cérémonies nationales, les poignées de main et les accolades entre Emmanuel et Donald. Voilà : en masse En marche ! … Rime (pauvre) et point d’exclamation ne suffiront pas à nous réjouir de la situation. Car au Palais Bourbon les amendements déposés pour éviter la destruction du code du travail ont été refusés en bloc.

Comme le soulignait le député FI Adrien Quatennens dans une expression qui a bien fait rire la présidente de la commission des Affaires sociales, - à moins que ce ne fût la situation elle-même qui l'ait tant amusée -, les amendements ont été traités « avec un taux d’acceptation de 0 % ». Une catastrophe. Mais on ne pouvait sans doute s’attendre à mieux de la part de députés qui n’en reviennent probablement toujours pas d’avoir accédé à un tel mandat, sur la seule base de leur appartenance au mouvement LREM. Beaucoup n’avaient jamais fait de politique auparavant ; d’autres au contraire avaient déjà tenté d’être élus lors de scrutins précédents mais avec, pour eux cette fois, des « taux d’acceptation » souvent proches de 0% .

Pensez donc, leur situation actuelle est inespérée ! Aucun d’eux n’irait gâcher cette chance, ni leur destin prometteur en allant à contre-sens des volontés du gouvernement et de celui qui les a installés à l’Assemblée nationale. Il est permis de croire que la servilité des députés macroniens, pour la plupart peu rodés aux codes de l’Assemblée, a été organisée. Et si je parle de destin prometteur, c’est que tout porte à croire que sans une insoumission future et forte au pouvoir en place de la part de la population, l’avenir des recrues LREM sera assuré : tout est fait dans la Vème République pour faire gagner davantage encore ceux qui accèdent au pouvoir. Récemment le journal Le Parisien expliquait en effet que le mouvement LREM comptait présenter des candidats candidats à toutes les prochaines élections grâce aux 20,5 millions d’euros qu’il recevrait.

20,5 millions d’argent public aux gagnants. Longue vie à eux. Bonheur et prospérité. C’est étonnant comme notre système électoral est calqué sur le système économique libéral. On dirait que c’est son exact pendant institutionnel, qui coule les petits pour mieux récompenser et soutenir les gros. Pour clore le tableau, le même article nous apprend que cet argent permettra également de financer une nouvelle structuration du mouvement. Dans la foulée il doit se constituer en média et « créer sa propre équipe de journalistes ». Finances-institutions-propagande : la boucle du pouvoir sera bouclée net et sans bavure. Pour ce qui y croyaient encore, ce n’est donc pas du côté de la pseudo-opposition des députés LREM, pourtant annoncée pendant la campagne des législatives, que viendra la résistance. Le gouvernement pense avoir les coudées franches.

 

David contre Goliath

Du côté de l’Assemblée nationale, ce qui s’est passé ces derniers jours fut étonnant. Amendement après amendement, les députés France insoumise ont montré une grande ténacité face au projet de loi du gouvernement. Toutes les occasions étaient bonnes : parfois au détour d’une ligne, à la faveur d’un mot, ils ont développé leur projet pour les salariés. Plus qu’exposer au grand jour les dangers de la loi travail 2, ils se sont ainsi servis de la tribune qui leur était accordée pour énoncer leur programme. Contre toute attente ils ont pu faire entendre un autre son de cloche que le dogme libéral. D’autres mots, d’autres lectures. D’autres besoins et d’autres solutions. Pour y parvenir ils ont agi de manière systématique, ont argumenté. Ils n’ont rien lâché.

Pour ceux qui suivaient ces débats, on sentait chez le groupe des 17 une détermination et une endurance qui forcent l’admiration. Difficile de ne pas imaginer leur fatigue, alors que je les voyais chaque fois à leur place, un jour après l’autre, comme à tout moment prêts au combat . À côté les rangs des autres groupes apparaissaient souvent clairsemés. Au milieu de l’inertie, parmi les protestations moites, les interventions des députés FI ont été remarquées et c’est une bonne chose. Les réseaux sociaux et les médias les ont relayées. Cela, les députés le doivent à leur talent oratoire et au soutien des insoumis. Mais c’est une première étape : pour être pleinement efficace, cette pugnacité devra se retrouver, tout aussi forte, au sein de la société civile.

 

Un vivier d’insoumission

Pendant les 5 ans à venir rien ne saurait advenir sans la population. A vrai dire, celle-ci s’est rebellée encore tout récemment : par une grève civique lors des deux élections de cette année. Il y eut presque 26 % d’abstention à la présidentielle et 57 % aux législatives. Les taux, là encore, sont sans appel. Ils devraient inciter chaque responsable politique à faire preuve d’humilité. Car une abstention aussi forte est le signe au mieux du désintérêt des citoyens, au pire de leur froide colère. On pourrait bien percevoir un grondement sourd si on s’y penche un peu pour y prêter l’oreille. D’ailleurs, loin des commentaires des grands médias encore acharnés à nous dresser un tableau idyllique, le vernis de popularité du nouveau Président se craquelle déjà. En effet, depuis le début des débats à l’Assemblée nationale, celui-ci a perdu 10 points d’opinions favorables. Ce serait « le premier effet de ses choix économiques et fiscaux que le président s’apprête à corriger ». Cela ne s’invente pas, c’est Paris-Match. Mais enfin. L’insatisfaction, à tout le moins, est réelle.

La France insoumise avait réussi son pari de devenir une force d'opposition incontournable au lendemain des élections. Celle-ci ne se contentera pas de contester. En cela elle se distingue des Républicains comme du Parti socialiste - pardon, de la Nouvelle Gauche - qui jusqu’ici, tout en prétendant être en désaccord avec le groupe en Marche !, ont voté au pas. Loin de ces postures absurdes et des incohérences, la France insoumise avec ses sympathisants doit parvenir à poser les fondements d’une possible alternance. Pour cela la priorité est de rendre espoir à tous ceux qui se détournent de la politique. Ils sont tellement nombreux à subir la désinformation ! Et nombreux sont ceux aussi qui détestent ce monde fait pour et par les oligarques et qui ne veulent plus voir le spectacle politique permanent, les effets de manches, les promesses non tenues…

Les lois et les inégalités s’accumulent à un rythme similaire, on en arrive à marcher sur la tête avec des salariés désormais traités comme des parasites, encore, puis encore un peu plus, et pour finir tout vient à manquer : le travail, les personnels de soin, les services de proximité, les professeurs, les structures, les hommes, tout, tout fait défaut, de toutes parts, dans les campagnes, dans des zones dortoirs toujours plus étendues et dans les grandes villes même où l’on étouffe de pollution, de dureté, de promiscuité et d’indifférence.

Les gens ne sont pas endormis. Ils sont en apnée. C’est cela, que nous pouvons changer. Mais à ce stade, nous devons reconnaître une difficulté. Elle doit, je crois, être sérieusement prise en compte. Car un nouveau pouvoir est désormais installé. Il est ancré, bien ancré, et des lois aux médias, contrôle tout. Alors, comment donner espoir en une alternative ? Car s’il est indispensable, mais finalement assez naturel, de dénoncer une politique quand elle détériore les conditions de travail de la population, il semble plus difficile de proposer en retour des perspectives solides de changement. Tandis qu’on s’enfonce de plus en plus dans les boues du libéralisme, comment donner à voir un autre modèle de société ?

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