Dossier Handicap 2/3 - Conviction politique ou démagogie ?

Publié le par angeline351

Dossier Handicap 2/3 - Conviction politique ou démagogie ?

 

Deuxième partie du dossier Handicap : Les deux mandats de droite et de gauche ont permis de ponctionner plusieurs centaines de millions d'euros des caisses du Handicap, et la destruction de leur insertion professionnelle. Les convictions politiques sur la situation des personnes handicapées sont-elles sincères ou pur démagogie ?

     1.    Les salons du handicaps toujours oubliés

Nombre de nos représentants politiques semblent porter en eux le sujet du handicap très au sérieux. Des promesses, des convictions, de la solidarité, de l'égalité et j'en passe... Mais qu'en est t-il vraiment ?

Tous les ans, les salons du handicap Autonomic ouvrent leurs portes dans toute la France. Depuis 1991, plus de 50 salons ce sont tenus partout en France. En 2016, où étaient les députés ? Les candidats à l'élection présidentielle ? Lorsque le salon de l'automobile, de l'agriculture ouvrent leurs portes, les députés et candidats s’empressent de venir voir le petit peuple. Marine le Pen, François Fillon, et Benoit Hamon pour le salon de l'agriculture, et le salon de l'automobile pour Emmanuel Macron. Où est leur présence pour le salon du handicap ?

Sans dénigrer ces deux métiers et les professionnels qui y travaillent, il y a 1 million d’exploitants agricoles en France, et 440 000 personnes travaillant dans le secteur automobile. Les personnes handicapées représentent 10 millions de la population française et pourtant, ils sont invisibles des débats publiques. En 2016, même la ministre chargée des personnes handicapées ne s'est même pas déplacée. Nos représentants accordent plus de valeur aux créateurs de marchandises capitalistes, aux créateurs de profits pour les actionnaires que pour l’accompagnement des personnes en difficulté, car eux coûtent de l'argent. Pourtant, ils coûtent bien moins que le profit monstrueux des actionnaires. Les handicapés en terme d’allocations coûtent 38 milliards, soit 1,8 % du PIB1. Les actionnaires et le patronat 1/3 du PIB, soit 700 milliards dont 400 vont pour l'investissement et 300 milliards dans leurs poches.

     2.    Les caisses du Handicap sont grandes ouvertes !

Depuis le mandat de Nicolas Sarkozy à celui de François Hollande, l’État a ponctionné plusieurs centaines de millions d'euros. A la suite de la crise financière de 2008, le gouvernement de François Fillon a prit 50 millions des caisses des organismes pour le handicap, pour la « participation » des handicapés à l'effort de réduction des dépenses de l’État. Le FIPHFP (Fonds pour l'Insertion des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique) collecte les amendes dont doivent s'acquitter les administrations publiques, ne respectant pas la loi dans le public comme dans le privé, soit 6 % des personnes en situation de handicap. Sauf que depuis le mandat de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, l’État exonère une partie des amendes des entreprises et administrations. Selon Jacques Zeitoun, représentant de l'Association des paralysés de France, il porte le préjudice à 120 millions d'Euros2. En 2015 , Hollande décide même de pousser la barre plus loin, en « empruntant » 174 millions d'euros pour le financement de ces fameux contrats aidés et contrats d'avenir qui détruisent le salaire et le diplôme. De même, Najat Vallaud Belkacem, ministre de l'éducation du 26 août 2014 au 10 mai 2017, a fait exonérer 30 millions d'euros d'amende sur 45 millions, soit un bénéfice de 30 millions pouvant financer la sécurité dans les universités. Pendant les deux derniers mandats, environ 300 millions d'euros ont été ponctionnés dans les caisses des différents organismes du handicap !3

    3.    Et maintenant Monsieur Macron ?  

Pour terminer sur la classe dirigeante et les deux mandats successifs de droite comme de gauche, qui ont fragilisé le handicap, portons notre regard vers l'avenir. Macron a été élu en 2017 à la présidence de la République Française. Selon Handicap.fr, seulement 14 % des électeurs handicapés étaient favorables à son élection, derrière Mélenchon (24%),Benoit Hamon (21,5%) et Le Pen (21%). Macron n' a pas convaincu le public handicapé. Mais Macron veut mettre le handicap au cœur de son programme. Augmentation de l'AAH de 100 euros, scolarisation des enfants handicapés, accessibilité dans les transports en commun, amélioration de l’accès à l'emploi.

Nous allons nous attarder sur cette dernière proposition. Le nouveau gouvernement veut lutter contre les discriminations à l'embauche, labelliser spécifiquement les formations qui sont destinées aux personnes handicapés, ensuite que les personnes handicapées puissent s'approprier le CPA (Compte Personnel d'Activité). L’objectif du CPA est défini dans le code du travail « Le fait que certains droits du salarié soient attachés à l’entreprise peut le dissuader de toute mobilité. Le CPA lui permet de regrouper et conserver ses droits, renforcer son autonomie et faciliter sa mobilité »4 Sans langue de bois, ça veut dire que le CPA fait dépendre les droits de l'emploi, sauf que l'emploi vu par la capitalisme est un emploi de parcours. C'est à dire la destruction de toute stabilité professionnelle. Il faut s'adapter, être mobile, avec la mise en place de réforme de flexisécurité (plus on va déréguler le droit du travail, et mieux les travailleurs seront en sécurité, bel oxymore !). Le salarié ne maîtrise ni son parcours de travail, ni son poste de travail, il n'est pas maître de son emploi. Le CPA fait donc passer des droits au poste (entreprise), au parcours. Nous allons un peu plus dans l'employabilité tant voulu par le MEDEF, c'est à dire dans un monde du travail définit par la précarisation, où nous devons nous adapter pour rester dans la course, ou plutôt nous soumettre aux dégâts du marché libéral.

Alors, que Monsieur Macron soit un grand défenseur de la cause handicap me pose question. C'est lui qui a détruit l’accès à l'emploi des personnes handicapées, avec la loi Macron de 2015. Souvenez vous de la loi 1987 : les entreprises de plus de 20 salariés doivent embaucher 6 % de personnes handicapées ; la loi de 2005 la consolide en mettant des sanctions économiques. La loi Macron permet aux employeurs de se dédouaner de ces obligations. Les entreprises pourront accueillir des handicapés pendant des stages de mise en situation professionnelle. Jusqu’à 2 % de leur quota pourront être atteints avec ce dispositif. Les stages d'observation de collégiens et lycéens pourront également pourvoir à hauteur de 2% le quota. Pour terminer, les entreprises pourront déduire leur obligation d'embauche par des contrats signés avec des travailleurs handicapés indépendants. Déjà que les entreprises pouvaient s'acquitter d'une partie de leurs obligations en ayant recours à des ESAT (Établissements et Services d'Aide par le Travail, et des EA (entreprises adaptées), la loi Macron vient dédouaner encore un peu plus leurs obligations d'employer des personnes handicapées. Toutes ces dispositions ne promettent en aucun cas des emplois réels et dans la durée. Le MEDEF (Le Mouvement des Entreprises de France) bien entendu, a félicité cette loi au nom de cette divinité appelé « flexibilité », c'est à dire, « Le pouvoir de l'employeur ».
 

1Dress – février 2016, n°0949

2 https://www.marianne.net/politique/la-juteuse-cagnotte-handicap-dans-laquelle-letat-pioche-des-centaines-de-millions-deuros

3https://www.marianne.net/politique/la-juteuse-cagnotte-handicap-dans-laquelle-letat-pioche-des-centaines-de-millions-deuros

4Code du travailart. L 5151-1 s.).

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