Après la douloureuse liquidation en 2016, que sont devenus les ex-Åkers?

Publié le par angeline351

Après la douloureuse liquidation en 2016, que sont devenus les ex-Åkers?

«  On ne se laissera pas mourir comme Sambre et Meuse !  », lançait rageur au printemps 2016 le délégué syndical Jean-Pierre Deckuyper, devant les pneus et les caisses de bois enflammés, symbole d’une résistance ultime qui fut vaine face au rouleau compresseur de l’économie mondialisée. Quinze jours plus tard, l’usine spécialisée dans les cylindres pour laminoir était liquidée sur décision du tribunal de Thionville, laissant sur le carreau 80 salariés au terme de mois de lutte, d’espoirs de reprises brutalement anéanties.

Juillet 2017, herbes folles, bureaux vandalisés, vitres éclatées, clôtures

arrachées, l’usine Åkers n’est plus qu’un site fantôme, vidé de sa substance. Quelques ex-Åkers sont là pour témoigner de l’après, la gorge nouée par le spectacle affligeant de cette usine à l’abandon autrefois performante, à laquelle ils ont consacré plus de vingt ans de leur vie d’homme. «  Ça fout les boules, ils ont tout bradé, mais il reste encore deux cylindres de 45 t dans le hall, prêts à partir  », s’indignent les ouvriers licenciés.

Sur ces ruines, Michel Coupé, de l’UL CGT d’Aulnoye, représentant des salariés, présente un décompte précis du Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Ce bilan intermédiaire a été dressé lors d’un comité de suivi tenu fin juin en sous-préfecture d’Avesnes, avec de nombreux acteurs dont la nouvelle députée. Le comité était impulsé par la CGT,

et «  à l’initiative de la sous-préfète. Elle suit bien le dossier  », souligne Michel Coupé. Il n’en dit pas autant de la Région, dont l’implication dans ce dossier a faibli dès la liquidation prononcée. Quant au patronat, c’est le «  grand absent de la réunion. Ce n’est pas nouveau, dans le dossier Akers il fut transparent  ».

Sur les 80 ex-salariés, 16 ont retrouvé un CDI (Vallourec, Dembiermont et Areva Jeumont...) ; 9 sont en CDD de plus de 6 mois ; une création d’entreprise (une librairie à Hautmont) ; 11 CDD de moins de six mois ; six personnes en formation qualifiante ; une en formation courte ; quatre en retraite et pré retraite ; deux sont en maladie. Trente ex-Åkers sont encore demandeurs d’emploi, dont 7 feront valoir leurs droits à la retraite anticipée (site amiante) entre novembre 2017 et 2019. Vingt-trois ex-salariés sont donc sans rien à ce jour, plus d’un quart laissé dans l’incertitude du lendemain, à quelques semaines de la fin du Plan de Sauvegarde de l’emploi et du Contrat de sécurisation Professionnelle. Pôle emploi Maubeuge et Réussir Ensemble vont se concentrer sur ces personnes. «  On ne lâche pas  », déclare la CGT.

« L’usine, comme une famille »

Il fait le tour du site, visiblement abattu par la vision désolée de l’usine. Mâchoire serrée, Jean-Michel Lamart veut «  qu’on me laisse tranquille avec les stages, Pôle Emploi et puis tout ça  ». L’ancien tourneur, âgé aujourd’hui de 58 ans, a passé 25 ans chez Akers, «  ça ne s’oublie pas  ». Le tourneur regrette son usine «  qui était comme une famille  ». «  Maintenant je veux tourner la page. On l’a eu tellement dur. On a été très déçus que ça ferme aussi vite  ». Dans un an, il partira en retraite anticipée dans le cadre du dispositif ACATA car l’usine a été reconnue site amiante.

Devant la cour d’appel de Douai

Didier Pagniez, 62 ans, est un cas à part. Il y a quelques semaines,

l’homme défendait son cas devant le conseil de Prud’hommes d’Avesnes pour obtenir le préjudice d’anxiété.

«  Je suis rentré en 1983 chez Åkers comme sous-traitant, avec la société Celem, puis j’ai enchaîné avec Vedior bis. Soit une période de 16 ans.  » L’intérimaire a été embauché en CDI par Åkers en 2000 jusque 2011 avant de tomber malade et d’être déclaré en invalidité. Chaudronnier, soudeur, outilleur, il a occupé trois postes, dont certains en contact direct avec l’amiante.

Åkers refuse de le considérer comme faisant partie de l’entreprise à l’époque de l’amiante. Son dossier passe devant la cour d’appel de Douai le 21 septembre.

« J’ai été privé d’emploi »

Mickaël Leclercq, 56 ans, toute une vie à l’usine berlaimontoise, soit 32 longues années en tant que tourneur, ne cache pas sa colère devant ce désastre. «  C’est comme-ci il y avait un trou noir derrière une barrière, un immense vide  », lâche-t-il amer. Aujourd’hui, il se sent très seul après les mois de lutte qui ont soudé les hommes. Son âge est un problème pour retrouver un travail en Sambre-Avesnois, alors il pointe au chômage. «  Je ne suis pas demandeur d’emploi, j’ai été privé d’emploi  », tient-il à préciser. Il n’a d’autres choix que d’attendre la retraite anticipée ACAATA, dans trois ans.

« On nous a volé notre outil de travail »

Il a fait le tour de l’usine, enjambant les débris de verre, les plots cassés. Dégoûté. «  On nous a volé notre outil de travail, c’est honteux ». Michel Maréchal, 56 ans, 25 ans en qualité de

tourneur, reconnaît qu’il vit une période difficile «  pour moi et ma famille  ». Aujourd’hui, il est, lui aussi, «  privé d’emploi  ».

Il sait qu’il ne retrouvera pas de travail et devra patienter trois ans pour atteindre la retraite anticipée amiante.

Il a connu toutes les restructurations

54 ans, une vie d’ébavureur et d’ouvrier polyvalent chez Åkers,

doublée d’une vie de délégué syndical CGT qui a connu « toutes les restructurations, 1999, 2004 et l’ultime en 2016 ». Jean-Pierre Deckuyper est celui qui est allé jusqu’au bout, organisant les manifs, le blocage du site, usant toutes ses forces pour sauver l’usine envers et contre tous, refusant la fatalité d’une fermeture annoncée. Il dénonce en boucle «  le lâchage de l’État et de la Région  », écœuré, toujours au taquet.

Aujourd’hui encore, alors qu’il doit trouver « trois à quatre années de boulot » pour s’en sortir jusqu’à la retraite anticipée, qu’il vient de perdre sa mutuelle, il évoque un projet de relance d’une aciérie dans le coin.

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