L’Europe sociale manque encore d’ambition juge la CES

Publié le par angeline351

L’Europe sociale manque encore d’ambition juge la CES

C’est à Rome que la Confédération européenne des syndicats a tenu une conférence à mi-mandat (entre deux congrès) les 29, 30 et 31 mai, réunissant les délégués des organisations syndicales de 36 pays. Un choix qui ne doit évidemment rien au hasard puisque c’est dans la capitale italienne qu’il y a soixante ans, le 25 mars 1957, sept pays signèrent le traité fondateur de la CEE (Communauté économique européenne). Par-delà la célébration de cet anniversaire à l’ouverture des travaux, la déclaration adoptée à leur issue est particulièrement ancrée dans le présent et soucieuse de l’avenir.

Il existe un grand consensus au sein de la CES, notamment pour dire que l’Europe sera sociale ou ne sera pas, pour reprendre les mots du président de la CES et que le socle des droits sociaux européens proposé par Bruxelles est encore nettement insuffisant, a constaté Jean-Claude Mailly qui conduisait la délégation FO à la conférence de la CES, également composée d’Andrée Thomas, secrétaire confédérale chargée du secteur Europe-International et de Sébastien Dupuch, assistant.

Certes, la Commission européenne, inquiète de l’hostilité suscitée par sa politique d’austérité, s’occupe davantage des questions sociales qu’auparavant, comme l’a rappelé la commissaire à l’Emploi et aux Affaires sociales, Marianne Thyssen. Mais, souligne le secrétaire général de FO, il ne lui est pas difficile de faire mieux que sous la présidence de Barroso, puisqu’à ce moment-là, elle ne s’en occupait pas du tout.

« Le pacte de stabilité et de croissance est une camisole de force »

La déclaration adoptée par les affiliées de la CES à l’issue des travaux dresse un quadruple constat : l’Europe sort lentement de la crise mais il n’y a pas de quoi se réjouir d’une récession suivie d’un redressement ; le dernier épisode grec démontre que l’austérité reste une réalité et que la politique néo-libérale continue de détruire la vie des populations et des travailleurs ; le pacte de stabilité et de croissance est une camisole de force qui empêche beaucoup de pays d’investir dans les services publics, les emplois et la croissance ; le pilier européen des droits sociaux est très en retard, pourrait être plus ambitieux et son existence même reste menacée par des gouvernements et des employeurs hostiles.

De fait, des questions aussi cruciales que le droit de grève et la liberté de négociation collective ne figurent pas dans le socle de droits sociaux européens proposé par la Commission européenne, souligne Jean-Claude Mailly.

Le sujet de la négociation collective est d’autant plus sensible que plusieurs délégués ont à l’occasion de cette conférence tiré la sonnette d’alarme sur sa décentralisation en cours ou déjà effectuée dans leurs pays de façon à faire primer les accords d’entreprise sur les accords de branches.

La révision des traités plus que jamais à l’ordre du jour

Dans son intervention, Jean-Claude Mailly a rappelé la revendication de la CES d’une révision des traités. Il a évoqué la porte ouverte à ce sujet par la rencontre entre le nouveau président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande, Angela Merkel, au cours de laquelle cette dernière a déclaré : du point de vue allemand, il est possible de changer les traités si cela fait sens. Pour le secrétaire général de FO, il s’agit d’une opportunité inédite, dont il faut se saisir.

La création d’un Trésor européen [1] demandée par la CES permettrait dans un premier temps de soutenir le niveau d’investissement public, mais cette revendication ne doit pas faire oublier celle de la révision des traités, a- t-il souligné.

La question des investissements est apparue comme une question clé au cours de la conférence. Le professeur Laurent Cordonnier, de l’Université de Lille, a ainsi indiqué que, dans tous les pays de la planète, le rythme des investissements (publics et privés) a ralenti de 4 à 5% depuis les années 1970.

Chute des investissements à l’échelle mondiale depuis les années 70

C’est précisément à partir de cette période que les dirigeants des entreprises sont devenus les agents des actionnaires, ne pouvant plus prendre de décisions contraires à l’intérêt de ces derniers, rappelle Jean-Claude Mailly, qui de la tribune de la conférence a souligné la nécessité de continuer à combattre cette financiarisation de l’économie.

L’augmentation des investissements, notamment en direction des services publics, et celle des salaires sont les deux revendications qui mobiliseront le plus les salariés, a- t-il insisté, rappelant la nécessité d’intensifier à l’échelon national aussi la campagne de la CES pour une hausse des salaires.

La conférence a également porté sur de nombreux autres défis à venir pour reprendre les termes de la déclaration finale. Le Brexit en fait partie. Ce n’était pas un choix de la CES, ni du TUC, et ensemble continuent de souligner que les droits des salariés et des citoyens doivent être primordiaux, ont réaffirmé les délégués. .

« Saisir l’opportunité de pousser l’Europe dans la bonne direction »

Autre défi majeur que la CES entend relever : obtenir des droits empêchant le dumping social de façon à atteindre une égalité de traitement pour une mobilité et une migration justes dans un marché intérieur juste.

Enfin, les affiliés de la CES entendent se mobiliser davantage encore face aux transformations de l’économie, dans le contexte de la digitalisation du travail et de la transition énergétique.

Avec ses affiliés, la CES doit saisir l’opportunité de pousser l’Europe dans la bonne direction. Ce n’est pas le moment de discuter des échecs, mais de renforcer nos demandes pour le monde du travail, pour augmenter l’investissement public et les services publics, la protection sociale, combattre les inégalités, une fiscalité juste, des salaires justes et de bonnes conditions de travail et un meilleur équilibre entre la vie privée et professionnelle, dans tous les États membres, peut-on lire dans la déclaration finale.

Notes

[1L’objectif est de « mutualiser » les dépenses futures en matière d’investissements publics en Europe. Ce fonds serait financé par des bons du trésor européens. Les gouvernements des États membres décideraient du volume global d’investissements publics nécessaire, par exemple 3% du PIB de la région, et de son taux de croissance annuel. Chaque État membre bénéficierait d’une subvention proportionnelle à sa part dans le PIB total mais uniquement à des fins d’investissement. Chaque État membre serait libre de choisir dans quels secteurs investir.

Publié dans COMMUNIQUE FO

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