Jean-Claude Mailly : "Macron peut accentuer la fracture sociale"

Publié le par angeline351

Jean-Claude Mailly : "Macron peut accentuer la fracture sociale"

Le secrétaire général de Force ouvrière nous livre son diagnostic sur Emmanuel Macron. Un homme qui "écoute" mais "entend beaucoup moins".

"J'ai connu Emmanuel Macron quand celui-ci était à l'Élysée. Un jour, Laurence Parisot, avec qui je m'entends bien, m'a demandé si je le connaissais, et j'ai dit non. Le lendemain, Macron me proposait une rencontre. Lors de ce premier rendez-vous, nous avons échangé sur notre conception générale de la société, sur la politique sociale économique. Je l'ai revu deux ou trois fois à l'Élysée, et plus souvent encore lorsqu'il était à Bercy. Je l'y voyais avec son directeur de cabinet et son conseiller social, mais c'est toujours lui qui parlait. 

Nous nous tutoyons. Il me fait la bise, cela fait bizarre la première fois. Il a un côté charmeur, voire espiègle. Il accepte le débat, mais il est difficile de le faire changer d'avis. Il écoute, argumente, contre-argumente, mais il entend beaucoup moins. C'est ce qui est gênant, cela semble difficile de faire évoluer ses positions, d'autant plus qu'il donne l'impression de décider tout seul.

"Est-il prêt ?"

Pendant la campagne présidentielle, je l'ai vu une fois, et à sa demande. Il m'avait envoyé un texto. Notre rencontre a eu lieu le 27 février au siège de campagne d'En marche !, cela a duré une heure. L'économiste qui le conseille, Jean Pisani-Ferry, était à ses côtés. On a beaucoup parlé de l'assurance-chômage, de dialogue social… Lui a une vision centrée sur l'entreprise, et moins sur le caractère interprofessionnel. Pourra-t-il évoluer ? On va attendre les législatives... Il y a beaucoup de questions en suspens. Est-il prêt ? On peut se le demander. Comment va-t-il gérer le résultat des législatives ? Comment va-t-il faire avec toutes les formations politiques à terre ?

 Il faut avancer sans heurter, sinon bonjour, dans cinq ans… 

À la lecture du programme d'Emmanuel Macron et de celui de François Fillon, j'ai demandé aux cadres de Force ouvrière de ne pas réserver de vacances cet été qui ne soient pas remboursables. C'est la première fois que je le fais. Il veut faire passer des dossiers lourds rapidement par voie d'ordonnances, il faut que nous soyons prêts à réagir. Mon expérience me dit qu'il y a un risque d'effet boomerang sur le climat social et politique. 

Ce n'est un secret pour personne, lui-même le dit, il y a une fracture sociale, géographique. Je pense qu'il peut les accentuer… Tous les cinq ans, on crie au loup, et les choses s'aggravent avec le FN qui progresse. Sa responsabilité est de réussir à rassembler rapidement sur le plan politique, et d'éviter d'être clivant, donc pas trop de précipitation. Il faut avancer sans heurter, sinon bonjour, dans cinq ans… "

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