Travail le dimanche : la Fnac des Champs-Elysées accusée de "discriminations"

Publié le par angeline351

Travail le dimanche : la Fnac des Champs-Elysées accusée de "discriminations"

A Paris, les salariés de la Fnac de la plus célèbre avenue du monde sont en grève depuis un mois. Ils dénoncent un traitement inégal par rapport à leurs collègues parisiens du groupe.

A la Fnac des Champs-Elysées, un grand enfant teste sur la Wii le dernier "Mario Kart". Sur l’écran de la console, en plein centre du magasin, la voiture rouge du célèbre petit personnage de jeu vidéo déambule, insouciante, lorsque deux vendeurs surgissent avec un paquet de pancartes en carton sous le bras. "A la Fnac des Champs-Elysées, les dimanches les moins payés de Paris, la honte""28e jour de grève""36 millions pour le PDG, rien pour les salariés [entre 2015 et 2017, Alexandre Bompard va toucher selon le JDD 36 millions d'euros, ndlr]", disent les affiches. En cette première semaine des soldes, Faustine, Baouz, Marc, Alexandre et leurs camarades, tous salariés du magasin de la prestigieuse avenue de la capitale, s’apprêtent à débuter une nouvelle journée de grève.

Postés à l’entrée des escalators - l’établissement est situé en sous-sol -, ils demandent depuis plus d’un mois plus de justice et de meilleurs salaires. Ayant découvert par surprise, en décembre 2014 à la suite d'une "erreur de traitement du centre de paie", que leurs collègues des autres magasins parisiens étaient rémunérés "à travail égal, pour un temps plein le dimanche, entre 80 et 120 euros supplémentaires pour une personne amenée à travailler 7 heures". "A ce moment-là on tente de comprendre ce qu’il s’est passé", nous raconte Faustine, jeune vendeuse au regard clair. Rapidement, le groupe obtient la photocopie d’une fiche de paie d’un salarié d’une autre Fnac, située elle aussi en plein centre de Paris, à quelques stations de métro, et compare les taux horaires pratiqués le dimanche entre deux employés, au statut identique.

 

Conclusion : alors que sur les Champs-Elysées, "le taux horaire s’élève à 10,58 euros le dimanche", à quelques kilomètres de là à peine, expliquent-ils, leurs collègues sont eux "rémunérés 24,23 euros", soit plus du double. "C’est très révélateur, résume Faustinela Fnac a profité de nos majorations de nuit ou dominicales - on est ouvert 7 jours sur 7, de 10 heures à minuit - pour ne pas augmenter les salaires".

"La reconnaissance de la pénibilité"

Baouz, vendeur spécialisé Funk/ Soul depuis quinze ans et représentant FO aux Champs-Elysées, dresse le même constat et ajoute : "Non seulement le salaire plafond ici, de base, pour des vendeurs qui sont au même échelon, est le plus bas de tous mais d’autres magasins, comme la Fnac Châtelet, allouent à leurs salariés une prime pénibilité de 50 euros par mois pour un temps plein car le magasin est situé - comme le nôtre - en sous-sol. Une prime supérieure à notre prime d’amplitude horaire (30 euros par mois pour un temps plein), alors que sur les Champs-Elysées un salarié enchaîne nocturnes et ouvertures en plus de travailler en sous-sol. C'était mon cas pendant 12 ans".

"Le point essentiel sur lequel on se bat c’est la reconnaissance de la pénibilité", confie Alexandre, également gréviste. "Ce magasin est une vitrine, fait valoir son collègue Marc. C’est un luxe de se payer cette adresse, d’une certaine manière c’est de la pub, pour que la marque soit vue dans le monde entier, d’où le choix de payer un loyer exorbitant, 4 millions par an, et d’accepter que le magasin soit ici déficitaire. Mais faut-il faire porter cette stratégie aux salariés ?", s’interroge le groupe, qui dénonce des "discriminations". Motif pour lequel une soixantaine des salariés des Champs-Elysées ont d’ores et déjà décidé de porter l’affaire devant les prud’hommes. L'audience devrait avoir lieu le mois prochain.

"Parfaite équité", assure la direction

Interrogé par Marianne sur la situation, le directeur de la Fnac des Champs-Elysées n’a pas souhaité faire de commentaire. Le directeur des ressources humaines, Philippe Piron, assure néanmoins que le groupe pratique une "parfaite équité dans les salaires" entre les différents magasins, qui ne relèvent pas tous du même régime lorsqu’il s’agit du travail du dimanche. "Il y a deux organisations différentes pour le travail dominical, détaille-t-il, ceux qui travaillent tous les dimanches, soit 52 dimanches par an, et ceux qui peuvent faire jusqu’à 12 dimanches dans l’année, les 'dimanches du maire'. Dans le premier cas, (celui des salariés de la Fnac des Champs-Elysées), les salariés sont sur des semaines de 5 jours travaillés, dans le second sur des semaines de 6 jours", d’où les variations de salaires. "La justice se prononcera là-dessus", conclut-il.

En attendant, Philippe Piron rappelle que "l’ensemble des CHSCT représentant les salariés des 88 Fnac en France, consultés sur le travail le dimanche au printemps dernier, se sont prononcés en faveur de ce dernier à plus de 60%". Un accord encadrant le travail du dimanche, actuellement négocié entre les syndicats et la direction pour l’ensemble des magasins du groupe en France, doit d’ailleurs prochainement être validé. Quant au mouvement de grève des Champs-Elysées, il ne concerne selon lui "une quinzaine" de salariés, syndiqués pour la plupart.

Déclin général des conditions de travail

Une défense que réfutent les grévistes. Pour eux, il y a bel et bien "une différence de traitement dans le cadre du travail du dimanche". "M. Piron affirme que les salariés qui font 12 dimanches maximum par an travaillent plus que les autres, ce qui est faux", argumente l’un d’eux. "On travaille exactement le même nombre de jours", quelle que soit l’organisation du travail le dimanche.

Sur les Champs-Elysées, devant les escalators du magasin, les salariés en grève poursuivent donc le mouvement. Sous les banderoles déployées à l’entrée, une caisse de grève permet aux passants de la très chic avenue de soutenir les employés mobilisés, par une simple signature - plus de 5.000 ont déjà été recueillies - ou avec un peu d’argent. "Je suis désolée je ne peux pas donner plus", s'excuse une commerçante du coin qui glisse une pièce de deux euros dans la caisse.

Un geste auquel se joint quelques minutes plus tard celui d’une cliente. "Quand on est une enseigne comme la Fnac, on se doit de bien traiter ses employés, sur les Champs-Elysées comme partout ailleurs"estime-t-elle. Pour elle, que la mobilisation ait lieu dans un quartier cossu de la capitale ne rend "les choses que plus cyniques". "La situation reflète un peu le déclin général aujourd’hui des conditions de travail des gens", regrette-t-elle avant de partir, résignée, s’acheter un chargeur d'ordinateur dans le magasin. "Il vaut mieux donner son argent à la Fnac qu’à Apple..."

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