Décès de Mario Soares, le père de la démocratie portugaise

Publié le par angeline351

Les années rennaises de Mário Soares, « un monsieur charmant »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant de devenir l’homme d’État portugais, Mário Soares, alors en exil, avait enseigné deux ans à l’université Rennes-2, de 1970 à 1972, au Département portugais. Deux Rennaises témoignent, à l'annonce de son décès, à l'âge de 92 ans.

« C’était vraiment un grand bonhomme. » Françoise Massa, enseignante retraitée de portugais à Rennes-2 est très émue à l’annonce du dècès de Mário Soares, président du Portugal, de 1976 à 1986.

Septembre 1970. Elle entame sa première année de professeure universitaire quand Mário Soarès fait sa rentrée comme assistant associé sur le campus de Villejean. « Il enseignait la civilisation et la littérature. Mais il donnait des cours du soir, dans le cadre de la formation continue aux adultes français voulant accueillir des Portugais » témoigne Mme Massa.

Du jazz au bar de la Poste

« Mário Soares était en exil en France. Socialiste, il était opposé au régime de Salazar. Pour lui faciliter la vie et le prolongement de son visa en France, le Département de portugais, qui était alors dirigé par mon mari Jean-Michel, a réussi à l’accueillir durant deux ans. Ça lui a permis d’échapper à la police du régime salazariste ».

Vivant à Paris, Mário Soares arrive le dimanche soir à Rennes. Il loge dans un hôtel de la place de la gare. Il enseigne durant deux jours puis repart dans la capitale. En même temps, il met sur pied le parti socialiste portugais dont il devient le leader. De temps en temps, à Rennes, il descend au bar de la Poste, rue du Pré-Botté, où il aime écouter du jazz.

« C’était un monsieur charmant, bien élevé » poursuit Françoise Massa. « Il possédait une culture fabuleuse. Avec mon mari, nous l’avions aidé à monter une bibliothèque à Paris ». Marie-Françoise Bidault, l’un de ses anciennes étudiantes, confirme : « Il possédait une très grande culture, mais savait rester très simple ».

Des œillets au palais

25 avril 1974. Coup d’État, révolution des œillets. Le régime salazariste dirigé depuis 1968 sur Caetano, est renversé.

Ce jour-là, la famille Massa est à Lisbonne où elle s’est installée pour un an. Françoise Massa voit le peuple distribuer des œillets aux officiers du Mouvement des forces armées, auteurs du putsch. Début mai, Màrio Soares rentre au pays dans le fameux train où se trouve aussi le leader communiste Alvaro Cunhal.

Les Massa rencontreront un peu plus tard leur ami Soares… dans un palais gouvernemental. Car il devient ministre des affaires étrangères du nouveau gouvernement de gauche, puis sera Premier ministre et bien plus tard président de la République.

Trois retours à Rennes

Françoise Massa et Marie-Françoise Bidault reverront Mário Soares à Rennes à trois reprises. En juin 1977, le Premier ministre portugais est fait docteur honoris causa de l’Université Rennes 2. « Une sorte de revanche de l’histoire » commente Jean-François Botrel, ancien vice-président de Rennes-2.

En novembre 1991, le président de la république portugaise préside un colloque sur le 70e anniversaire du début de l’enseignement du portugais à Rennes.

En 2004, redevenu simple citoyen, Mário Soares participe à un colloque sur les 40 ans de la Révolution des œillets.

« Grand serviteur »

7 janvier 2017. Françoise Massa et Marie-Françoise Bidault, à l’affût des nouvelles en provenance de Lisbonne depuis plusieurs jours, saluent avec émotion la mort d’un « grand serviteur de l’humanisme ».

Publié dans Information, saudade

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