Marché du travail, emploi : François Fillon plus réformiste qu'Alain Juppé

Publié le par angeline351

Les deux candidats souhaitent alléger le code du travail et donner plus de poids à la négociation d'entreprise. Le programme de François Fillon apparaît plus libéral que celui d'Alain Juppé.

 

«Il faut en terminer avec les 35 heures». François Fillon et Alain Juppé sont tous les deux d'accord, ils viennent de le répéter dans ce débat, partagent une vision commune des réformes nécessaires au marché du travail français. Ils s'inscrivent dans le mouvement de renforcement du dialogue social au niveau des entreprises porté par les dernières lois du quinquennat socialiste (Sapin, Rebsamen, El Khomri), mais souhaitent aller beaucoup plus loin. Tous les deux reprennent à leur compte les grands principes du rapport Combrexelle: décentralisation du dialogue social et limitation du code du travail à quelques grands principes.

Le socle commun: décentraliser le dialogue social

Afin de fluidifier les négociations, les deux aspirants plaident pour l'introduction d'un référendum à l'initiative de l'employeur. Ils défendent tous les deux l'abandon de la durée légale du travail de 35 heures, à partir de laquelle se déclenchent les heures supplémentaires.

Afin de sécuriser les licenciements, les deux anciens Premiers ministre veulent introduire un nouveau contrat de travail aux modalités de rupture prédéfinies. Ils s'accordent encore sur la nécessité de neutraliser les seuils sociaux pour libérer les embauches. Pour redresser les comptes de l'assurance-chômage, les deux candidats souhaitent introduire un principe de dégressivité des allocations.

Les différences: François Fillon laisse plus de liberté aux entreprises

Cette importante trame commune est déclinée sur deux airs différents. Très réformiste, le programme de François Fillon apparaît plus proche des aspirations du monde patronal, tandis que celui d'Alain Juppé se veut moins transgressif, notamment à l'égard des syndicats.

Sur le temps de travail, la formule de François Fillon est assez radicale. Il donne toute liberté aux accords d'entreprise de fixer le seuil effectif de déclenchement des heures supplémentaires, dans la limite de la durée maximale du temps de travail européen de 48 heures. Le candidat évoque volontiers l'accord Smart où les salariés avaient accepté la proposition patronale de passer de 35 à 39 heures, payés 37. Alain Juppé défend de son côté un retour aux 39 heures au bout de deux ans, à défaut d'accord. Afin de limiter l'impact sur les revenus des salariés, le maire de Bordeaux propose de défiscaliser les heures travaillées de 35 à 39 heures, qui ne seraient toutefois plus majorées de 10% à 25% comme aujourd'hui.

Sur le plan syndical, François Fillon est prêt à provoquer une petite révolution en supprimant le monopole syndical au premier tour des élections syndicales. Il table ainsi sur l'émergence d'acteurs plus réformistes dans les entreprises, au risque de provoquer quelques années de transitions complexes. Alain Juppé ne revient pas, lui, sur le monopole mais suggère de limiter à deux maximum, dans le temps, le nombre de mandats syndicaux et d'obliger leurs représentants à passer au moins 50% de leur vie au travail et non dans des fonctions de représentation. Le maire de Bordeaux n'accepte le principe du référendum d'entreprise à l'initiative de l'employeur qu'à la condition qu'il soit aussi demandé par un syndicat.

Sur le sujet très sensible de la dégressivité des allocations-chômage, François Fillon défend encore une vision apparemment plus réformiste que son concurrent. Il plaide pour une forte dégressivité au bout de six mois et pour un plafonnement des allocations, à 75% du revenu de référence. Alain Juppé défend quant à lui une diminution de l'allocation, à compter de 2019, de 25% à partir de 12 mois d'indemnisation, puis à nouveau au bout de 18 mois sans descendre sous un plancher de 870 euros par mois. Et ce, uniquement en cas de non-accord des partenaires sociaux à qui il aura préalablement laissé 6 mois pour négocier.

Publié dans Information

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