Au bord de la banqueroute, Vivarte devient une affaire d’Etat

Publié le par angeline351

Au bord de la banqueroute, Vivarte devient une affaire d’Etat

Spécialiste des cas désespérés, Patrick Puy a pris ses fonctions lundi 31 octobre à la tête de Vivarte, numéro un français de la distribution textile en remplacement de Stéphane Maquaire, débarqué quelques jours auparavant. Après Moulinex, Smoby, Vogica ou Arc International, Patrick Puy a désormais la lourde tâche de redresser un groupe d’une quinzaine de marques qui traîne une dette d’1,5 milliard d’euros pour un chiffre d’affaires de 2,2 milliards. Parce que Patrick Puy est précédé par sa réputation de « nettoyeur », les syndicats de Vivarte craignent qu’il ne démantèle le groupe afin que les actionnaires, les fonds Oaktree, Alcentra, Babson et GLG Partners, qui sont aussi les créanciers, récupèrent au plus vite leurs mises.

Pour l’heure, il n’en est rien. Lors de sa rencontre avec les syndicats, le nouveau patron a joué la carte de l’apaisement. Il a même repris à son compte les grandes lignes de son prédécesseur. « Le plan de Stéphane Maquaire de fusion de La Halle aux vêtements et de La Halle aux chaussures me convient tout à fait, à condition d’accélérer son exécution et son retour sur investissement », leur a-t-il glissé en substance.

Ce plan stratégique prévoit la cession ou la fermeture de quelque 130 magasins La Halle aux chaussures, employant près d’un millier de salariés, et une fusion de cette enseigne avec La Halle. Le retour sur investissement de cette réorganisation était prévu pour d’ici trois à cinq ans. Puy se donne un an pour inverser la tendance. Et le nouveau PDG a confirmé qu’il maintenait le processus de cession de quatre enseignes, Chevignon, Kookaï, Pataugas et Merkas, et de quelques emplacements de magasins de centre-ville.

Mais cela ne sera pas suffisant pour rembourser le paquet de dettes et réinvestir dans les marques du groupe. Car, année après année, les profits ont continué de chuter, et la dette représente plus de vingt fois l’Ebitda. Ce dernier, qui s’élevait à 477 millions d’euros en 2011 pour un chiffre d’affaires de 3 milliards, ne pèse que 55 millions d’euros à fin août, à la clôture de l’exercice. Errements stratégiques, instabilité managériale (six PDG depuis 2012), concurrence effrénée des H&M et autres Zara, et chute de 20% du marché textile d’entrée de gamme depuis janvier expliquent l’état d’urgence dans lequel se trouve ce groupe de 17.000 salariés.

Mandat ad hoc en cours

A ce jour, Patrick Puy n’a pas confirmé s’il maintenait, prolongeait ou stoppait la procédure de mandat ad hoc lancée par Stéphane Maquaire en juillet dernier. Mais l’administratrice judiciaire Hélène Bourbouloux est plus présente que jamais. Le nouvel homme fort de Vivarte marche sur des oeufs. Il sait que c’est ce mandat ad hoc qui a précipité la chute de son prédécesseur. « Les actionnaires n’ont pas apprécié d’être mis au pied du mur sur ce sujet en étant prévenus au dernier moment », souligne un proche du dossier. Ils ont aussi assez mal vécu que Maquaire fasse fuiter ce processus confidentiel pour rétablir le rapport de force avec les actionnaires, et ce même si les statuts de Vivarte, réécrits en 2014, lors du premier mandat ad hoc, laissent au gérant une latitude totale quant à la gestion de la dette de l’entreprise. Hélène Bourbouloux, qui a rencontré les syndicats le 4 novembre, leur a confié qu’on se dirigerait probablement vers une procédure de conciliation d’ici à la fin de l’année.

Faire des économies

Autre dossier brûlant, en passe d’être réglé, celui des crédits documentaires, ces lignes de financement à court terme accordées par les banques (Société générale, Natixis et Crédit agricole pour les principales). Ces échéances arrivaient à leur terme mercredi 2 novembre, et Puy a décroché son téléphone pour éteindre en urgence l’incendie. Son prédécesseur, devant la frilosité de certaines banques, comme le CMCIC, avait pris la liberté de saisir le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), une émanation de Bercy chargée d’aider les entreprises en difficulté. Un appel au secours à la puissance publique très mal perçu par les fonds actionnaires. Mais le coup est parti, et Bercy s’est saisi pour de bon de l’affaire : une réunion a été programmée mi-novembre, les créanciers étant invités à faire des « propositions » concernant l’abandon d’une partie de leurs dettes - Stéphane Maquaire misait sur un abandon de 1 milliard d’ici à la fin de l’année ! - et la remise à plat de leur représentation dans la gouvernance.

Le nouvel homme fort de Vivarte a déjà prévenu qu’il serait un « manager de transition », comprendre : pas plus de dix-huit mois. Son mandat : trouver un accord sur la dette, faire des économies et remettre la machine en route. Il sait qu’il sera surveillé de près par le gouvernement, prévenu in extremis, vendredi 28 octobre, du risque social de ce dossier. De Michel Sapin à Manuel Valls en passant par Jean-Pierre Jouyet, au secrétariat général de l’Elysée, Vivarte est désormais sous les radars de l’exécutif, qui fera tout pour éviter une banqueroute à six mois de la présidentielle.

Patrick Puy: un urgentiste au volant
Plutôt que de se reconnaître dans les surnoms de Terminator ou de « nettoyeur », Patrick Puy se présente comme un « médecin urgentiste » des entreprises en difficulté. Et rappelle qu’il est né « un 28 novembre, une des dates anniversaires de la bataille de la Berezina ». Ce polytechnicien, qui se dit « inaltérable, inattaquable et insensible », s’est fait connaître dans les années 2000, quand, PDG de Moulinex-Brandt, il a dû mettre la clé sous la porte et licencier quelque 4.000 personnes. Ensuite, via le cabinet Alvarez & Marsal, il s’est spécialisé dans les missions difficiles : Smoby en 2007, Vogica en 2009, puis TDF, le verrier Arc International et Spir Communication.
En préparant son arrivée, la CFDT de Vivarte a mis la main sur une vidéo de 2011, où il explique que le manager de crise doit être « une espèce de mule acceptant de faire des choses pas normales, pas morales, pas justes, sans penser au développement de l’entreprise. » Les voilà prévenus.

Publié dans Information

Commenter cet article