Salaires élevés, parachute doré : les dérives de Paris Habitat

Publié le par angeline351

Les locataires des logements sociaux gérés par Paris Habitatseront surpris d'apprendre que leurs loyers financent les largesses de leur bailleur social. Paris Habitat, qui gère un parc de 122.000 logements réservés à des personnes modestes en Ile-de-France, fait bénéficier ses 3000 salariés, et surtout sa direction, d'avantages trop nombreux, dénoncent plusieurs rapports d'inspection dévoilés par Le Parisien Aujourd'hui-en France ce samedi.

Parmi ces avantages figurent des salaires moyens élevés: de 2300 euros bruts par mois pour un gardien à 3170 euros pour le reste du personnel. De 2008 à 2014, les rémunérations ont bondi de 20%! En plus de ces salaires de base, chaque employé perçoit un 13e mois, une prime d'objectif et une prime d'intéressement (qui a atteint 1048 euros en moyenne en 2014). L'an dernier, les employés ont même touché une prime de 200 euros pour saluer la certification ISO de Paris Habitat. Les salariés peuvent encore faire gonfler leurs revenus en se faisant racheter 7 jours de congés sur les sept semaines dont ils bénéficient dans l'année (majorées d'une semaine pour ceux qui partent en dehors des vacances scolaires). Les 22 jours de RTT peuvent aussi être rachetés. Le tout «au prix imbattable d'un jour acheté égal un jour de salaire», précise Le Parisien. Au total, les salariés peuvent bénéficier de l'équivalent d'un mois de salaire en plus.

Un parachute doré pour le patron

Mais ce sont surtout les conditions de rémunération de la direction qui ont fait bondir la mission interministérielle d'inspection du logement social (Miilos) en 2013 et l'inspection générale de la ville de Paris en 2014. Dans Le Parisien, on apprend ainsi que les directeurs territoriaux ou de branche touchent un salaire compris entre 6000 et 7000 euros nets par mois (sans compter les avantages précédemment listés). Les directeurs généraux adjoints touchent pour leur part une rémunération évoluant entre 9500 et 10.000 euros. Plus surprenant, le directeur général de Paris Habitat, Stéphane Dambrine, qui a pris son poste en 2011, a obtenu le versement d'une rémunération de 207.000 euros bruts par an, soit environ 14.000 euros nets par mois. Il bénéficiait même des avantages octroyés au reste du personnel jusqu'à ce que la Miilos ne déclare son contrat de travail «irrégulier» et l'oblige à s'en passer. Stéphane Dambrine a conservé son parachute doré de 500.000 euros en cas de licenciement. Il assure au Parisien que son contrat de travail n'a plus rien d'irrégulier et qu'il a été validé par le conseil d'administration.

Son directeur général adjoint, Gilles Romano, n'est pas en reste. Malgré un salaire de 9000 euros par mois, il loge depuis 2000 dans un des logements du parc de Paris Habitat. Il occupe plus précisément un quatre-pièces dans le XIIe arrondissement. Il ne s'agit pas d'un logement social, précise Le Parisien, mais d'un logement «intermédiaire» (PLI) dont le loyer reste bas par rapport au marché: environ 1000 euros. Le directeur adjoint s'est défendu dans les colonnes du journal en assurant qu'il s'agissait d'un «faux quatre-pièces». Il explique également faire partie des cadres ayant le droit à ce type de logement et ajoute qu'il sera à la retraite «d'ici peu» et que de fait, ses revenus «vont chuter».

En attendant, Gilles Romano n'est pas tenu de payer un surloyer et ne peut pas être expulsé car la loi Molle, qui permet de déloger les locataires gagnant au moins deux fois les plafonds de ressources HLM pendant deux années consécutives, ne s'applique pas aux PLI.

Alerté sur le sujet, Ian Brossat, adjoint PCF à la mairie de Paris, en charge du logement, réclame donc un élargissement du champ d'application de cette loi aux PLI et aux logements non conventionnés. La mairie de Paris a de son côté adressé, fin 2015, un courrier sous forme de rappel à l'ordre à Paris Habitat ainsi qu'à trois autres bailleurs sociaux. Elle leur demande de s'engager en faveur d'une plus grande transparence en matière d'attribution de logements, une lutte contre «les anomalies d'occupation du parc» et une «évolution maîtrisée» de la masse salariale. Les équipes dirigeantes sont aussi appelées à la «sobriété budgétaire». Objectif: «en finir avec les abus choquants», assure Ian Brossat.

Les contrôles seront par ailleurs renforcés par la création de l'Agence nationale de contrôle du logement social (Ancols) dont les pouvoirs sont fortement élargis.

 

 

Publié dans Information

Commenter cet article